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Le Savoir, cette construction mentale individuelle

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« A chaque bêtise, il y a une réponse adaptée »

punir les enfants
COLL-DEVANEY/SUPERSTOCK/SIPA

 

Pour le pédopsychiatre Gilles-Marie Valet, la sanction la plus efficace est « celle qui a un lien avec la bêtise ». Et en aucun cas une gifle…

La fessée est de plus en plus contestée mais toujours pratiquée.

Quelle est la bonne réaction à avoir quand son enfant fait une bêtise? Cette question séculaire est à nouveau posée alors que la Fondation pour l’enfance présente ce mardi un clip choc contre la claque. Pour le Dr Gilles-Marie Valet, pédopsychiatre auteur de Se faire obéir sans (forcément) punir (éd. Larousse), la violence est effectivement à proscrire. Le médecin préconise, au contraire, pédagogie et dialogue.

Gifler son enfant, est-ce si néfaste?

C’est totalement néfaste, à la fois sur le plan physique et sur le plan psychique. Répéter des violences corporelles –que ce soit gifler un enfant, lui donner une fessée, secouer un bébé– cela revient à les ériger en un système éducatif. En banalisant la violence, on la transforme en langage. Pour l’enfant, c’est également un acte humiliant, une atteinte à l’estime de soi. Il peut ensuite réagir en développant une grande inhibition ou, au contraire, en ayant à son tour recours au passage à l’acte.

 

Mais il arrive que les parents donnent une gifle non par habitude mais à cause d’une colère soudaine… Une gifle donnée sous le coup d’une émotion forte n’a pas les mêmes conséquences que la violence érigée en système. Si un parent donne une claque à son enfant à cause d’une montée d’angoisse, par exemple quand un petit s’est aventuré près d’une route, il faut expliquer son geste a posteriori. Ce discours est d’autant plus important que l’enfant voit ainsi que les adultes peuvent reconnaître leurs erreurs.

Comment punir son enfant autrement que par des gifles?

Très tôt, il faut que le parent se dise «non, je ne donnerai pas de gifles à mon enfant» et qu’il ait conscience que frapper n’est pas un acte anodin. Le parent doit asseoir son autorité naturelle dès le plus jeune âge de l’enfant, le confronter aux interdits. C’est sur cette base qu’ensuite, il va falloir aviser. Prenons le cas d’un enfant qui casse un vase. Il faut d’abord déterminer s’il s’agit d’une maladresse ou une bêtise. Si c’est vraiment une bêtise, on peut demander au petit de réparer l’objet, ou alors le prévenir que son argent de poche va être réduit. A chaque bêtise, il y a une réponse adaptée, la meilleure sanction étant celle qui a un lien avec l’acte commis. Si la réponse est toujours une gifle, l’enfant ne va pas chercher à reconnaître sa bêtise ou à l’éviter, il va se cacher pour la faire.

Comment réagir quand un enfant pique une colère?

On peut mettre en place ce que j’appelle le «temps de pause». Si l’enfant fait un caprice, il faut lui dire de se calmer, laisser sa colère passer, puis parler avec lui. Dans ce genre de moment, il faut qu’il y ait un des deux qui cède, or c’est trop souvent l’adulte qui fléchit, par exemple parce qu’il a peur que le bruit énerve les voisins, ou que les gens les regardent au supermarché.

Faut-il punir les tout petits et les adolescents?

Il faut savoir qu’un enfant de moins de deux ans ne fait pas de caprice, et que ça ne sert donc à rien de chercher à le punir. Par exemple, un bébé qui met les doigts dans une prise électrique le fait parce qu’il explore. Il ne faut pas lui donner une petite tape car il peut intégrer ça comme étant un jeu. Quant aux adolescents, il faut bien sûr continuer à les sanctionner. Mais un jeune qu’on a pris l’habitude de gifler peut, en grandissant, avoir le réflexe de frapper à son tour. Les enfants qu’on appelle «secure», qui ont établi une relation de confiance avec leurs parents, ont plus de chance de faire une crise d’adolescence sereine.

 

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